Avant de commencer à lire, lancez la musique que je vous ai choisie, elle est ici pour l'ambiance.
Il y a des chemins que l'on apprend vite et par c½ur.
Le chemin de ta chambre, mon chéri, cette nuit là, je l'ai su tout de suite.
Et pourtant, tu le sais, je n'ai pas du tout le sens de l'orientation, moi qui serais capable de me perdre dans ma propre maison !
Le matin de ton accident, j'étais loin de m'imaginer ce qui nous attendait, et pourtant...
19h00, cette heure fatidique, gravée en moi pour toujours, est l'instant où tes premières douleurs apparurent. Ensuite, vint ce fameux appel au SAMU qui faillit te coûter la vie.
Nous avons eu affaire à un médecin-pompier qui, malgré nos informations, ne nous a pas pris au sérieux. Tu est pourtant CFAPSE et moi AFPS : sans être médecins, nous savons quand même décrire des symptômes et nous savions qu'il partait sur une mauvaise piste.
Après avoir jugé que ton cas n'était pas grave, lui et son équipe de bouffons t'ont laissé sur place, sans soins, alors qu'ils auraient dû t'évacuer. Moi qui, avant, vénérais les pompiers, maintenant je les hais : ne venez pas me dire qu'ils seront là quand on aura besoin d'eux !!! Car ce fût le cas, mais ils n'ont pas assumé.
J'ai dû faire appel à un VSL qui t'a évacué après 1h30 d'attente en état de choc.
Si je n'avais pas appelé cette ambulance, mon pauvre chéri, tu ne saurais plus là, car dans ton état, tu n'aurais pu le faire...
Alors, commença l'un des plus longs trajets de ma vie, et l'interminable attente aux Urgences. Le médecin-urgentiste lui-même ne savait pas ce que tu avais. Il fallut attendre le résultat du scanner pour apprendre qu'il fallait t'opérer d'extrême urgence. Selon le médecin, les pronostics n'étaient pas en ta faveur. Ne pouvant t'opérer sur place, il fallut te transférer sur un autre hôpital. Tu m'avais appris que les ambulanciers ne peuvent pas transporter les décédés alors, à chaque virage, à chaque coin de rue, je priais pour ne pas tomber sur une ambulance à l'arrêt.
A ton arrivée, tu fut directement transféré au bloc pendant que l'on m'invitait à monter dans ta chambre, mais tu avais un voisin, j'ai donc du attendre dans le couloir, où l'infirmière de garde (que je remercie ici) m'installa sur un fauteuil. C'est à elle que je doit d'avoir pu rester à tes côtés nuit et jour. Ton opération se passa bien, mais une mauvaise nouvelle allait tomber : il se pouvait que ce soit "le Grand C" !... La pire de mes phobies frappait aux portes de nos vies. Durant les deux jours qu'il fallut pour avoir les résultats de ta biopsie, j'ai eu un avant-goût de ce que pouvait être l'enfer. Grâce au ciel, tes résultats étaient négatifs ! Ton accident avait été provoqué par les anti-inflammatoires que tu prenais à outrance. Ce jour là, j'ai enfin pu recommencer à vivre. Mais il me restait un problème : ton poids. N'étant plus alimenté normalement et très amaigri suite à ton opération, il a fallu quelques jours pour que tu puisse recommencer à te nourrir comme avant. Chaque étape que tu franchissais était un pas de plus vers ton retour à la maison, vers notre retour.
Le jour où tu fus, à mes yeux, sorti d'affaire, j'ai pu voir les à-côtés. Et oui, à l'hôpital tout n'est pas noir, il y a aussi du rose. Le rose, c'est la solidarité. Las-bas, dans cet "enfer blanc", il y a toujours eu, même au plus fort de mes angoisses, quelqu'un à mes côtés. Lors de ton deuxième passage aux Urgences, quinze jours plus tard, durant ces 17 heures de doutes, je me souviens de cette petite dame, qui malgré sa propre détresse, à tout fait pour me soutenir. Je la revoie encore me courir après pour me dire de manger. Et pourtant son mari était au plus mal. Là-bas, le "chacun pour soi" n'existe pas. C'est un monde à part, où souffrance et joies se mélangent... L'hôpital, cet "enfer blanc", permet des rencontres et des amitiés plus ou moins fugaces, qui ne pourraient exister en d'autres lieux...
A l'heure où j'écris ces lignes, il y a un an que nous sommes sortis de cet "enfer blanc".
Mais certaines questions continuent à me hanter :
-Et si tu avais rejoint ton père là-haut au Paradis? (si Paradis il y a...).
-Que seraient devenus "les mariés du Grau Du Roi"?
-Qui aurait partagé avec moi les moments qui ne se vivent qu'à deux ?
-Qui m'aurait dit "Je t'aime", comme toi seul, tu sais le faire?
D'un certain côté, ces questions ne se posent pas car, aussi vrai que la Terre est ronde, mon chéri, je t'aurais rejoint.
Je t'aime tant !!!